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Zouglou -ALAN BILL:Je me suis assagi

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Lundi, 02 Février 2009 19:38

topvisages.net

Il est l’un des précurseurs du zouglou. Allan Bill. Le nom est resté dans les mémoires.

 Mais côté production, c’était un peu le calme plat pour lui depuis quelque temps. Cependant, l’auteur de la chanson «Amounguê-mounguê» n’a pas dit son dernier mot. Après les groupes «Esprits de Yop» et «El Mutino», il veut se relancer pour une carrière solo. En attendant la sortie de son nouvel album, nous n’avons pas raté l’occasion de le chambrer un tout petit peu.

• Tu fais partie des devanciers de la musique zouglou, mais on a l’impression que ça n’a pas trop réussi pour toi…

- Tu l’as dit, je suis un doyen. Et les doyens, c’est d’abord la sérénité ! Ecoute, on a planté l’arbre et l’arbre a grandi, alors on l’arrose. Chacun a vécu son époque, son succès selon les réalités qui prévalaient. En zouglou, on dit que chacun a son jour de marché. Je fais partie des zougloumen les mieux vus et j’ai tiré profit de cette carrière. Les mélomanes ont fait beaucoup pour moi, je ne vais pas me plaindre. Même si je ne roule pas sur l’or, je ne fais pas pitié et c’est le plus important. C’est juste une impression que les gens ont, sinon Alan Bill se sent à l’aise avec ses acquis.

• Tu vis où ?

- Je vis à Yopougon.

• Tu as une maison à toi ?

- Je loue une maison. Dis-moi, combien d’artistes ivoiriens vivent chez eux, sous leur propre toit ? Ils n’atteignent pas dix. Soyons réalistes, en Côte d’Ivoire, rien n’est fait pour permettre aux artistes de vivre bien. Avoir sa maison, ce n’est pas facile. Peut-être que cela se réalisera un jour avec tout ce que L’UNARTCI est en train de mettre en place comme commodités, mais pour l’instant, je loue la maison de quelqu’un.

• Tu n’as aucune économie ? Tu as tout de même eu une période grasse avec «Amounguê-Amounguê»…

- J’ai fait des investissements dans de petites affaires, mais quand la guerre est venue, toutes mes petites économies sont parties en fumée. Mais je me maintiens. Je suis debout ! Et je ne cache pas que quand ça ne va pas, il y a quand même les grandes relations qui donnent un coup de pouce. C’est tout ça la vie. On n’est pas riche, mais on a des relations et ça, c’est la plus grande richesse.

• Tu penses que c’est une vie ça ?

- Pas du tout ! Mais les relations dont je parle font aussi partie des acquis qu’on a quand on est un homme public. Donc, je ne vais pas cracher là-dessus si j’ai une difficulté à un moment de ma vie.

• On t’a retrouvé aux côtés de tantie Oussou en 2005, dans le Conseil d’administration du BURIDA et aujourd’hui, on parle de toi en tant que vice-président de l’Association des chanteurs zouglou de Yopougon… tu intègres toujours certaines structures pour te faire un peu de blé, on dirait…

- Non ! Ça n’a rien à voir. On ne mange pas ! Tu sais, quand tu es devancier dans une corporation, il faut pouvoir organiser les choses afin que les autres ne tombent pas dans certaines erreurs, qu’ils aient un appui au cas où ils se sentent un peu perdus…On a toujours besoin d’être épaulés, soutenus tant sur le plan professionnel que privé. Concernant Tantie Oussou, nous n’avons même pas pu travailler comme il le fallait. Notre équipe a vite été balayée après des tas de palabres. Aujourd’hui, mon combat, c’est d’établir une certaine solidarité entre les artistes et surtout ceux de la famille zouglou. C’est ce que nous avons mis en place au niveau de Yopougon avec la 2AZY.

• …

- Personne n’est payé là-bas. On n’a pas l’argent, on en cherche, alors, si vous connaissez des personnes qui veulent nous financer, on est partants. Les Zouglous de Yopougon ont décidé de se donner un coup de main, de se donner des idées sur un certain nombre de projets. L’union fait la force. Là, on démarre nos activités avec le tournoi famille Zouglou, le 1er février à la Place Ficgayo. La presse écrite, les DJ’S, les managers, tous les acteurs du show-biz vont s’affronter positivement au cours d’un tournoi de foot. Ce n’est pas beau, une initiative de ce genre ? Pourquoi voyez-vous les «deals» partout ?

• Les gens estiment que tu es un gâchis…

- Moi, un gâchis ? Comment ça ?

• Tu as des potentialités mais, ça ne va pas bien loin…

- Ecoute, je ne suis pas un gâchis ! Ce n’est pas parce que j’ai mis sept ans avant de retourner en studio qu’on va penser que je suis fini. Le talent est toujours là, en moi. Il faut juste trouver le moment idéal pour le ressortir et c’est tout. Je ne suis pas le chanteur qui va se faire voir à tous les carrefours. Je sais rester dans mon coin quand je ne suis pas en pleine activité. Un artiste peut chanter jusqu’à 99 ans ou plus. Chacun choisit donc les périodes qu’il sent pour ressurgir, c’est tout. Et à l’heure où je parle, je bosse sur mon nouvel album, en solo, cette fois-ci, au studio d’Olivier Blé. J’ai évolué deux fois en groupe, en tant que lead, certes, mais il est temps que je montre ce que je vaux tout seul ! Là, je suis en studio, mais à mes propres frais. Je n’ai pas de producteur. C’est avec mes petites économies-là que je travaille actuellement. Tout ça, pour te dire que je ne suis pas fini !

• Au fait, on va te retrouver encore avec tes fameuses chansons grossières…

- Je n’ai jamais été grossier !

• Attends ! attends !… «Monsieur pardon faut enlever», «Club rouge» et autres, c’est de qui ?

- J’en suis l’auteur, mais ne vois pas les choses comme ça. Chacun a sa façon de lancer son message. Dire les choses de façon crue ne veut pas dire qu’on est grossier.

• Reconnais que tu as été grossier… D’ailleurs certaines de tes chansons ont même été censurées à l’époque…

-Je n’ai jamais été grossier, je suis un enfant bien élevé. Comment voulez vous que je parle de SIDA sans tenir certains propos ? Je ne sais pas, moi ! En 92, le SIDA était encore un sujet très tabou. J’ai juste utilisé la dérision pour faire passer certains messages, c’est tout ! Bon. On a mis de petites phrases terribles (rires) pour attirer encore plus l’attention des mélomanes. Cela fait partie du jeu de la composition musicale, si tu veux, pour mettre un peu d’ambiance. C’est tout ! Mais il ne faut pas s’attarder sur les impressions. Une chanson, doit être disséquée, il ne faut pas se laisser emporter par ce qu’on entend sans chercher à comprendre l’essence. C’est ça qui nous tue.

• Est-ce que tu te prends au sérieux, même ?

- Bien sûr que je me prends au sérieux.

• Ta vie a l’air débridée : alcool, sorties intempestives, instabilité…

- Les gens se trompent. Quand on était plus jeune, c’est vrai, on a fait des gaffes. Mais maintenant, j’ai une vie rangée. J’ai mes deux enfants qui sont avec moi et le mariage, ça vient bientôt. Je donne même des conseils aux plus jeunes. J’ai la quarantaine, je ne peux plus me permettre certaines folies de jeunesse que je faisais à 17 ou 25 ans, c’est clair. Il y a un temps pour tout. Mon premier fils est en sixième et le second est au CE1…donc…

• Tu les as eus assez tardivement tes gosses…C’est bizarre ! Le grand coureur que tu étais s’est arrangé comment ?

- Si tu veux savoir, je n’ai jamais fait avorter la fille de quelqu’un (rires). Je me suis toujours préservé, c’est ça mon secret, jusqu’à ce que je décide d’avoir un enfant. Mais, en plus, je suis adepte du planning familial, d’où l’écart d’âge entre mes deux gosses. J’en ferai encore deux et c’est bon. Pour être à l’abri des surprises aujourd’hui, il faut tout planifier.